La ville…avec quelques degrés de plus
A la fin du 21ème
siècle, les températures augmenteront de 2 à 5°C.
Pour Paris, cela signifie un climat équivalent à celui actuellement en vigueur
dans le sud de l'Espagne.
Or, comme l'ont montré les épisodes de canicules, particulièrement en 2003,
nos villes ne sont pas adaptées à ces vagues de chaleur.
Comment vivra-t-on
dans la ville de demain ?
4°C. C’est ce que pourrait gagner la ville de Paris à la fin de ce siècle selon
le scénario du Hadley center. Quelques petits degrés qui transformeraient le
climat de la capitale française en celui d’une ville andalouse, telle que celle
de Badajoz, près de Cordoue, aujourd’hui « caractérisée par des étés brûlants
et arides ».
Or, Paris, comme les villes françaises, n’est absolument pas adaptée à de telles
températures.
La canicule de 2003 et ses 15 000 victimes nous l’ont largement prouvé. Et dans
des périodes aussi extrêmes, les villes sont encore plus vulnérables : « à l’époque,
les nuits parisiennes affichaient 9°C de plus que celles des communes de la
petite couronne », fait remarquer Denis Baupin, adjoint au maire chargé de l’environnement.
Pourtant, aujourd’hui, peu de villes prennent en compte cette donnée, même dans
leurs plans climat énergie, souligne Antoine Charlot, responsable « territoires
durables » du Comité 21 : « pour répondre à cet enjeu, il faut absolument articuler
les plans climats avec les plans d’urbanisme, en intégrant une forte densité
urbaine tout en maintenant une qualité de vie notamment. » Car celles-ci vont
en effet devoir gérer des objectifs parfois contradictoires comme la baisse
des émissions de gaz à effet de serre et le confort de vie au sein de la ville.
Pour l’urbaniste Patrice Denoyer de Segonzac, qui a travaillé sur la ville face
au changement climatique en 2040, cela pourrait même être source de vives tensions.
« Alors qu’on annonce le réchauffement climatique depuis des années, rien n’a
été anticipé.
Or, les changements urbains se préparent 30 ans à l’avance », explique-t-il.
Résultat : « il faut s’attendre à une phase extrêmement compliquée d’ici à 2020
avant que la ville ne puisse totalement se réinventer » Les urbanistes vont
ainsi devoir jouer les équilibristes.
« En réponse à l’élévation des températures estivales on pourrait créer plus
d’espaces verts au cœur des villes, ainsi que des plans d’eau mais on ferait
alors diminuer la densité de l’habitat, créant ainsi des villes plus étendues
qui imposent des temps de transport plus long donc des consommation de carburant
plus importante avec des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre »,
soulignent ainsi Sébastian Kopf, Stéphane Hallegatte et Minh Ha-Duong, auteurs
d’une note sur l’évolution climatique des villes européennes pour le Cired.
Une ville sous tension, la ville post Kyoto s’oriente toutefois davantage sur
une très forte densité.
Concrètement, Patrice Dunoyer de Segonzac prévoit peu de modification en centre-ville,
où le patrimoine urbain est déjà dense et de qualité, mais les franges des centres,
elles, devraient continuer à se densifier.
Un peu sur le modèle de La Défense, « un exemple convaincant qui réussit à densifier
un secteur déjà très bien équipé », estime l’urbaniste. Mais c’est surtout la
périphérie qui fera les plus grands frais de cette nouvelle donne.
« L’étalement urbain a certainement atteint ses limites : la forme urbaine sera
resserrée autour d’îlots de services et de transports. On peut s’attendre à
voir apparaître des friches à la fois pavillonnaires et commerciales », prédit-il.
Les ménages les plus modestes vont en effet se retrouver coincés par un budget
transport croissant et une baisse de la valeur immobilière de leur bien.
Ceux qui le pourront retrouveront le centre, les autres se verront de plus en
plus exclus.
« Rennes par exemple a bien intégré cette problématique avec des opérations
récentes de logements très denses mais cela sera beaucoup plus problématique
pour les très grandes agglomérations comme Paris », prévient Patrice Dunoyer
de Segonzac.
Les centres commerciaux, qui sont aujourd’hui très fréquentés pendant les périodes
chaudes, du fait de leur climatisation notamment, pourraient eux aussi être
délaissés à l’avenir, car ils émettent 6 fois plus de gaz à effet de serre que
le commerce de proximité…
La question du prix du foncier ainsi que celui de l’énergie sera donc centrale,
à la fois en matière de transport mais aussi de bâtiment. Le Cired pointe également
la question de la planification du système énergétique.
En juillet 2007, par exemple, la température a dépassé 47°C dans le métro londonien
et 50°C dans les bus, « il pourrait donc devenir nécessaire de climatiser de
manière systématique les transports en commun. Or si la climatisation se généralise,
cela induira un pic de consommation électrique en été, période jusqu’alors plutôt
creuse sur les réseaux européens…»
L’impact du changement climatique et des trop fortes chaleurs se fera aussi
sentir sur la fréquentation touristique, notamment pour le bassin méditerranéen.
« Pour Paris, cela équivaut à 25 % de touristes en moins, ce qui veut dire des
milliers d’emplois supprimés, souligne le député vert Yves Cochet. Ces données
là doivent donc impérativement être prises en compte dans les plans climats
».
Cependant il est encore difficile aujourd’hui d’anticiper tous les effets du
changement climatique sur les villes, compte-tenu des incertitudes liées à l’ampleur
même du changement climatique au niveau local. Les villes européennes ne seront
pas, par ailleurs, les plus impactées. Dans les pays en développement où la
population urbaine s’accroît chaque année de 70 millions d’habitants, où un
milliard d’humains s’entassent dans des bidonvilles, la situation s’annonce
particulièrement critique. D’autant plus que 360 millions d’urbains habitent
également des zones côtières de basse altitude qui pourraient tout simplement
être englouties.
La Banque mondiale, qui organisait un symposium mondial sur la recherche urbaine
à Marseille fin juin, doit d’ailleurs réviser sa politique urbaine en septembre
pour mieux évaluer l’impact du changement climatique sur les villes et développer
des stratégies pour y faire face.
Béatrice Héraud Mis en ligne le : 02/07/2009 © 2009 Novethic - Tous droits réservés