Le maire de Millau interdit les OGM.
De notre correspondant à
Toulouse GILBERT LAVAL Libération - samedi 10 mai 2008
Le docteur en droit public et nouveau maire socialiste de Millau, Guy Durand, entend faucher les OGM jusque sur sa commune.
Il n’y a déjà plus
de pesticides dans les serres municipales.
Les cantines des écoles servent des repas bio.
La ville est le siège de l’interprofession du fromage de Roquefort qui a proscrit
les OGM dans le lait de brebis. Arrêté.
Et c’est à partir
du démontage du McDonald’s de Millau par José Bové en 1999 que s’est développée
l’opposition aux organismes génétiquement modifiés.
Guy Durand met en délibération au 23 mai un arrêté qui en interdit la culture
dans son ressort. «Les bases constitutionnelles de cet arrêté sont solides»,
estime-t-il.
Le président du Conseil général du Gers a échoué, lui, dans sa tentative d’organiser
un référendum sur le thème. «Parce qu’un président de Conseil général n’a pas
de pouvoir de police sur son département, développe l’élu. C’est le préfet qui
le détient. Un maire a ce pouvoir sur sa commune».
Le Conseil d’État a déjà jugé que la santé publique faisait partie de l’ordre
public auquel les maires ont le devoir de veiller, par leurs pouvoirs de police
justement.
Guy Durand juge dès lors qu’il lui revient de protéger ses administrés des «risques
que les OGM pourraient faire peser sur eux». Au nom du principe de précaution,
précise-t-il.
Ce principe figure en préambule de la Constitution depuis que Jacques Chirac
y a fait intégrer la charte de l’environnement en 2005. «Lorsque la réalisation
d’un dommage […] pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement,
les autorités publiques veillent […] à la mise en œuvre de procédures d’évaluation
des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de
parer à la réalisation du dommage» , indique l’article 5 de cette charte. Ordre
public.
Ce qui vaut pour l’environnement, fait valoir Guy Durand, ne peut que s’appliquer
à la santé et à l’ordre public. La boucle juridique serait ainsi bouclée.
Ce professeur de
droit ne doute pas que son arrêté sera attaqué.
Il ne doute pas non plus qu’il saura le défendre : «Et ce fera une belle jurisprudence».